"J'ai soif, tellement. Tellement d'amour en moi que le contenir exige la plus grande maîtrise, que je n'ai pas. Alors je glisse et me blesse, je me gaspille et on me laisse. Autant donné aux nécessiteux. Et m'avilir un peu plus encore."
Jeanne se prépare, installe et place ses outils, se met à l'aise. Il faut avoir à portée, téléphone, crayon et cahier. Très variable la clientèle ici. Du parfait gentleman au plus tordu spécimen, tout le spectre y passe, z'avez pas idée. L'idéal est de se mettre en position d'ouverture neutre et bienséante, avec tout juste un brin de joviale sensualité, on ne sait jamais sur qui on va tomber. Car voyez-vous, pour certains, grands efforts furent déployés pour seulement prendre le combiné et retenir la séquence à numéroter. Imaginez les entrées en matières de ces fringants mais tristes paumés. On les prend presque par la main pour aboutir au sujet de leurs attentes. D'autres sont devenus des familiers au fil du temps, avec, bien entendu, quelques variantes.
Il y en a 3 qui depuis des mois entretiennent avec moi un semblant de lien, qui bien que courtois, prend quelques fois des chemins plutôt grivois. Ils décorent ces moments étranges de la vie de Jeanne avec une régularité qui devient angoissante; j'y reviendrai.
Gerry-le-retraité-ayant-repris-du-service-dans-une-grande-surface débute habituellement par du blabla anodin, plat et vain, dont la durée s'ajuste à l'urgence de son besoin, pour ensuite introduire sans élégance son lubrique dessein.
Maître Réjean, le contremaître, cherche une oreille compatissante pour parler de son patron et de son gagne-pain pour faire semblant d'avoir une compagne au quotidien mais exprime sa frustration par un désir de domination, sans subtilité, sans censure, sans modération.
Gérald du Nord, agriculteur esseulé laissé à lui-même, avec femme, enfants et petit-enfants, il est au bord du vide mais il travaille avec acharnement pour maitenir la cohésion de son patrimoine, il n'aborde jamais le sujet du sexe, il est très touchant, surtout quand il s'inquiète de prendre de mon temps.
Rares sont ces soirées où ces trois messieurs ne se présentent à l'appel. Jeanne l'objet; Jeanne-la-soupape-jouet; Jeanne-l'amie-gentille. Et là je n'aborde pas les exigences et habiletés adaptatives nécessaires pour les absences de subtilités de langage, la soumission et l'attitude attendue, du fait qu'il ne faut déroger de la rigidité de l'image conçue.
Jeanne est juste un autre jeu de ma voix et j'en use.
samedi 30 août 2008
vendredi 29 août 2008
S'empêtre ... s'en paître....
Me permettriez-vous la laideur, la noirceur, les sautes d'humeur? Me permettriez-vous l'absence, l'arrogance et la condescendance? Une empathique teintée nébuleusement d'élitisme? D'une surdouée désorientée légèrement névrosée?
Je sais que oui. That's the way it is. L'hiver ne dure que 3 mois, il en reste quand même 9 de sublimes! Hadès n'est pas rancunier.....
Ça fait partie de mon charme, de mon karma, de mon défi, de ma destinée. Le tout juste à point. À la limite. Borderline (merci Catherine pour la mise en musique) donc, évidemment, les extrémistes, les mystiques, les cyniques, les .... Bienvenus!
Non mais....
Je sais que oui. That's the way it is. L'hiver ne dure que 3 mois, il en reste quand même 9 de sublimes! Hadès n'est pas rancunier.....
Ça fait partie de mon charme, de mon karma, de mon défi, de ma destinée. Le tout juste à point. À la limite. Borderline (merci Catherine pour la mise en musique) donc, évidemment, les extrémistes, les mystiques, les cyniques, les .... Bienvenus!
Non mais....
lundi 25 août 2008
Variations sombres - Le sous-bois
"...c'est la pénombre ici. Ça sent le sol mouillé et la mousse , aussi l'humidité et les trésors de grand-mère. Je sens la terre sous moi, ça fait mal dans le bas du dos, ça doit faire un certain temps que j'suis étendue là et je me suis endormie. J'arrive de loin. Tranquillement. Toute ankylosée, je me sens lourde. Je perçois à travers les feuilles, paupières à demi fermées, un restant de jour jaune. J'suis juste bien, là. Fermer les yeux et effleurer la terre des doigts, respirer l'humus, être caresser par la brise subtile, flotter entre les murmures des arbres. J'assiste à la tombée de la rosée, me sentant privilégiée d'avoir tout ce temps pour un aussi beau moment. J'apprécie les effets de la nature sur moi.
J'inspire le doux parfum du bois. Pernicieusement, une légère acidité désagréable se démarque. Je ne sais qu'en penser; ça détonne pourtant. Le subconscient allarmé travaille et veut faire surface. Mon corps réagit conséquemment et tente de prendre le contrôle. Je lutte un instant pour conserver la paix, mais je peux maintenant sentir ma peau, et, comme la marée qui arrive doucement mais sûrement, les douleurs se manifestent, une à une au début, une vague à la fois. Je prends conscience de l'humidité et du froid qui me couvrent, étant dévêtue en parties. Je refuse de laisser le flot d'images libre et me bat pour conserver le beau.
C'est la sensation d'être abondamment mouillée à certains endroits qui remet le système en marche. L'instinct de survie. L'odeur allumeuse se répand en filets, séchés ou dégoulinants. Je me rends compte de ma faiblesse en tentant de lever la tête. Je suis tout-à-coup structure organique désorganisée, substance mutilée, chair violentée. Comme un seau d'eau lancé au visage de l'assoiffé, c'est brutal, vil et anéantissant. Et là, tout me revient et je ne peux arrêter la mémoire.
Se tordre de l'intérieur parce que c'est tout ce qu'il nous reste. Ressentir le poids du Mal. Pourquoi déshonorer et profaner mon sanctuaire? Pourquoi corrompre et souiller cette communion naturelle si gratuitement?
Mon refuge est fragile. J'aime à plein, c'est ce qui me sauve et l'équilibre perdure, mais il y aura toujours des endroits sombres..."
J'inspire le doux parfum du bois. Pernicieusement, une légère acidité désagréable se démarque. Je ne sais qu'en penser; ça détonne pourtant. Le subconscient allarmé travaille et veut faire surface. Mon corps réagit conséquemment et tente de prendre le contrôle. Je lutte un instant pour conserver la paix, mais je peux maintenant sentir ma peau, et, comme la marée qui arrive doucement mais sûrement, les douleurs se manifestent, une à une au début, une vague à la fois. Je prends conscience de l'humidité et du froid qui me couvrent, étant dévêtue en parties. Je refuse de laisser le flot d'images libre et me bat pour conserver le beau.
C'est la sensation d'être abondamment mouillée à certains endroits qui remet le système en marche. L'instinct de survie. L'odeur allumeuse se répand en filets, séchés ou dégoulinants. Je me rends compte de ma faiblesse en tentant de lever la tête. Je suis tout-à-coup structure organique désorganisée, substance mutilée, chair violentée. Comme un seau d'eau lancé au visage de l'assoiffé, c'est brutal, vil et anéantissant. Et là, tout me revient et je ne peux arrêter la mémoire.
Se tordre de l'intérieur parce que c'est tout ce qu'il nous reste. Ressentir le poids du Mal. Pourquoi déshonorer et profaner mon sanctuaire? Pourquoi corrompre et souiller cette communion naturelle si gratuitement?
Mon refuge est fragile. J'aime à plein, c'est ce qui me sauve et l'équilibre perdure, mais il y aura toujours des endroits sombres..."
samedi 23 août 2008
Les leçons - Candy
Candy a appris "sur le tas". Savoir moduler la voix, la rendre chaude, invitante. Reconnaître dès les premières paroles, où en est le client dans sa démarche lubrique et s'y adapter. Construire un style pour la fidélisation. S'approprier un certain vocabulaire et développer l'imaginaire dans le domaine de la luxure.
"Bonsoir..... qu'est-ce que tu fais, là?"
"Bonsoir..... qu'est-ce que tu fais, là?"
Ça, c'est ma phrase standard de premier contact. Notez que cette simple formule contient tous les éléments qui permettront l'amorce d'un travail bien fait. Le "Bonsoir", dit d'un ton mielleux, grave et doux, s'étirant sur la dernière syllabe. Ça meuble langoureusement le décor. Ensuite, la question qui laisse sous-entendre une anticipation, l'intonation devenant légèrement coquine et suave. D'emblée, on veut mettre à l'aise, affirmer notre présence et suggérer notre ouverture. À partir de là, tout est possible.
En général, le client typique de Candy a déjà mis la machine en marche avant de composer le numéro, et il le spécifie en haletant, sur un fond de bruits rythmés et mouillés. Intimidant les premières fois. Souvent, le seul fait d'entendre une voix féminine fait éclore le bourgeon. Pas trop exigeant. D'autres vont solliciter la participation immédiate au même stade que le leur. Faut être crédible, avoir une certaine imagination et entrer dans le jeu rapidement. Certains veulent des images, crues, directes, concrètes pour alimenter le fantasme. Et là de me décrire, en améliorant certains détails (si peu): " J'ai les cheveux de telle couleur, les yeux de telle couleur, je pèse tant, je mesure tant et je porte du ...... (taille de soutien-gorge, bien sûr)".
Ces cinq caractéristiques de base s'avèrent généralement suffisantes. Quoique je me suis déjà fait demandé à quelques reprises d'élaborer sur d'autres parties de mon anatomie, les plus privées, ça va de soi. Je tente de demeurer le plus près possible de la réalité dans mes descriptions, ayant appris assez vite que c'était plus facile pour moi, et surtout, moins mélangeant au fil des appels.
Pour les mieux nantis ou ceux qui s'en foutent (comprendre qu'ils ne mettent pas de contrainte de temps ou d'argent, ils veulent "la totale" ), le défi peut être plus grand. Il faut démontrer qu'on a le désir à fleur de peau. Décrire ce qu'on fait, ce qu'on ferait, ce qu'on lui fait. Là c'est le nerf de la guerre, le vrai travail de performance, l'exploitation de l'imagination sans réserve et sans pudeur. Je me fais prendre au jeu selon l'humeur, et bien sûr, selon le "monsieur" du moment, il faut bien avoir du plaisir en travaillant quand ça se présente si opportunément!
La fin se présente plus souvent qu'autrement par le "clic" de l'appareil remis à sa place par l'interlocuteur. Mais j'apprécie énormément les "Merci ma belle", "Mmmm, c'était bon", "Bonne nuit et merci", etc, de ces messieurs élégants et reconnaissants. Ils vont revenir, je le sais.
J'aime bien penser que j'ai mis un peu de bonheur dans la vie de ces gens, même les connards, les machos, les vulgaires rapaces impotents. Je les ai fait rêver et jouir, seulement avec ma voix et ma savante candeur voilée.
Candy, soupire, s'assoupit et rêve au prince charmant.
mardi 19 août 2008
Complainte légèrement allitérée
À ma guise, mais indécise, je comptemple les possibles pensables.
La flamme me chavire mais elle vacille
Mon don spontanné, incompris et rejeté, se gaspille
Incidemment, l'engouement galant s'engourdit
Ma muse abuse, m'use et ne m'amuse plus.
Alternance d'ambivalence, absence d'ambiance
Troublant, le chevalier ne sait plus courtiser.
L'invicible s'avoue presque vaincu et ne rend pas les armes
Persistant, maintenant position malgré les larmes
À s'enliser, s'immobilisant à s'en pétrifier dans le drame.
Si peu d'ornements tant attendus
Je lâche prise, abattue et confondue
Si peu de promesses dans le présent
L'amour s'étiole inéluctablement
Chaque jour la couleur change
Et j'attends toujours mon ange.
La flamme me chavire mais elle vacille
Mon don spontanné, incompris et rejeté, se gaspille
Incidemment, l'engouement galant s'engourdit
Ma muse abuse, m'use et ne m'amuse plus.
Alternance d'ambivalence, absence d'ambiance
Troublant, le chevalier ne sait plus courtiser.
L'invicible s'avoue presque vaincu et ne rend pas les armes
Persistant, maintenant position malgré les larmes
À s'enliser, s'immobilisant à s'en pétrifier dans le drame.
Si peu d'ornements tant attendus
Je lâche prise, abattue et confondue
Si peu de promesses dans le présent
L'amour s'étiole inéluctablement
Chaque jour la couleur change
Et j'attends toujours mon ange.
samedi 16 août 2008
La danse de l'incube
"....il apparaît dans l'ombre; l'ombre grise et blafarde. Je peux distinguer son corps, ses muscles et son envie. L'angle de la caméra lui permet de montrer son visage à sa guise, sinon, on le voit du cou à mi-cuisse. Un décor neutre, sans histoire, sans détails, volontairement je présume. Il tente de me séduire, fluidité de mouvements et maîtrise des délices de son corps. Il se dévoile à moi, se dévêt pour moi, se touche pour moi. Je peux tout voir, mais à un certain rythme préétabli par lui. Je joue la voyeuse et me repais. L'offre est alléchante. Je suis rivée à mon écran, et j'écris en même temps. Il aime son corps, en est fier, et pour cause....éveil de tentations et de désirs. Oserais-je?
....il revient, m'écrit pour se rassurer sur mon plaisir, sur mes attentes. Soucieux de plaire. Son membre invitant m'inspire. Je l'encourage dans son mouvement. Il se branle activement, langoureusement, honorant son sexe, célébrant les sens. J'aime la sensation de chaleur qui se dégage et se répand en moi, chatouillant au passage jusqu'à ma peau, exacerbant le désir de contact physique.
J'ai peine à me détacher, mais l'exultation persiste......je poursuivrai dans l'antre de mon nid cette flambée platonique....je sais qu'il sera là dans mon sommeil, l'objet de mon désir"
....il revient, m'écrit pour se rassurer sur mon plaisir, sur mes attentes. Soucieux de plaire. Son membre invitant m'inspire. Je l'encourage dans son mouvement. Il se branle activement, langoureusement, honorant son sexe, célébrant les sens. J'aime la sensation de chaleur qui se dégage et se répand en moi, chatouillant au passage jusqu'à ma peau, exacerbant le désir de contact physique.
J'ai peine à me détacher, mais l'exultation persiste......je poursuivrai dans l'antre de mon nid cette flambée platonique....je sais qu'il sera là dans mon sommeil, l'objet de mon désir"
vendredi 15 août 2008
Les leçons - 2
Y'a plein de surnoms qui me reviennent comme ça. Des surnom affectueux qu'on m'a donnés....et qu'on m'offre, sans compter ceux qui viendront! Cocotte, sweetie, Pok!, bébitte, chérie, bella, ma belle, roussette, princesse, puce ou plutôt, ma puce, Amo, la grande, cutie, mon auburn.....
Je les entends encore à l'occasion, ces hommes passés, présents et potentiellement futurs de ma vie. Et ici et là s'intercallent des voix de mâles désincarnées, désirantes, délirantes parfois, mais désillionnées pour la plupart. Ils rêvent à l'amour.
Pour ces derniers, j'ai d'autres noms; 2 rôles, 2 personnalités. Jeanne la douce, à l'oreille attentive et empathique, parfois coquine; Candy la dévergondée impudique qui va directement au but. C'est selon la demande. Mais ils n'ont de moi que ma voix. Ainsi je me donne pour apaiser, je me livre pour partager l'amour dont je suis si généreusement gratifiée. Ce monde irréel témoigne de tellement de solitude étouffante. Par contre, certains échanges sont particulièrement savoureux, en humour, en ironie, en imagination. À partager bientôt avec vous.
Je les entends encore à l'occasion, ces hommes passés, présents et potentiellement futurs de ma vie. Et ici et là s'intercallent des voix de mâles désincarnées, désirantes, délirantes parfois, mais désillionnées pour la plupart. Ils rêvent à l'amour.
Pour ces derniers, j'ai d'autres noms; 2 rôles, 2 personnalités. Jeanne la douce, à l'oreille attentive et empathique, parfois coquine; Candy la dévergondée impudique qui va directement au but. C'est selon la demande. Mais ils n'ont de moi que ma voix. Ainsi je me donne pour apaiser, je me livre pour partager l'amour dont je suis si généreusement gratifiée. Ce monde irréel témoigne de tellement de solitude étouffante. Par contre, certains échanges sont particulièrement savoureux, en humour, en ironie, en imagination. À partager bientôt avec vous.
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